Mardi 15 janvier 2008
« Je suis fatigué
On n’a aucune communication à l’extérieur.
Rien ne sort de ce qu’il se passe ici.
Il n’y a pas d’eau chaude dans les douches.
Le ballon d’eau n’est pas suffisant pour tout le monde.
Si tu ne te laves pas ça ne va pas.
On ne peut pas laver nos affaires.
Il n’y a pas de chauffage dans certaines chambres.
Mais le commandant s’en fout.
On est 250 personnes dans le centre.
On est écœuré.
Les gens qui ne sont pas rentrés dans le centre ne savent pas ce qu’il s’y passe
La police emmène les médias là où ils ont fait des travaux pour montrer aux Français à la télé, à la radio que tout va bien, que l’on est calme, tranquille et qu’ils s’occupent bien de nous. Mais c’est l’inverse
Notre mouvement a été sans conséquences.
On continue de discuter entre nous.
On fait des réunions entre les deux pavillons : une personne se rend au grillage pour raconter aux autres ce qu’il se passe dans l’autre pavillon et vice-versa.
Personne de la Cimade ne veut monter dans les chambres pour se rendre compte de la situation et de nos problèmes.
Les recours qu’ils font ne changent rien.
Parce que j’essaye d’organiser des choses, beaucoup de flics sont contre moi. Quand je parle avec les autres, ils interviennent et demandent de quoi je parle, qu’est ce que je trafique encore là. »
Mercredi 16 janvier 2008
« On a fait une réunion.
On s’est parlé pour relancer le mouvement.
Beaucoup de personnes n’ont pas le moral.
Certains sont venus nous voir pour demander des avocats.
Il ne faut pas baisser les bras.
Il y a 40 personnes pour qui les ambassades n’ont pas donné de laissez-passer. Elles ne les ont pas reconnus. Ils doivent quand même rester 32 jours dans le centre. On proteste contre cela.
Si on n’a pas de réponse vendredi, on reprend le mouvement.
Hier, ils ont ramené deux gars.
Il n’y avait plus de place, plus chambre, plus de matelas.
Ils ont dû dormir par terre dans le couloir
Le centre est plein, mais ils continuent à ramener des gens
Ils envoient les nouveaux en disant : « Va voir tes collègues »
Si on proteste ils disent: « On verra demain » »
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« Je n’ai pas dormi.
Je suis souffrant.
J’ai été voir le médecin.
Il m’a donné un médicament pour dormir.
Quand un flic cherche un gars, il l’appelle par le haut-parleur au lieu de se déplacer. Tous les matins, le haut-parleur nous réveille. Ce matin, j’ai été réveillé à cinq heure. »
Jeudi 17 janvier 2008
À minuit nous recevons un coup de téléphone d’une personne avec qui nous sommes en communication depuis le début des événements au centre de rétention de Vincennes.
« La police est venue me voir pour me dire que demain matin à sept heure, ils m’emmenaient devant le juge.
Quel juge ?
Je suis là depuis 28 jours et je n’ai aucun juge à aller voir. Ils veulent m’expulser sans rien me dire. J’en suis sûr. Ils n’ont même pas mis mon nom sur le tableau des départs. »
Vendredi 18 janvier 2008
À six heure, elle nous rappelle.
« Je suis à Roissy. Ils sont venus me chercher à cinq heure ce matin. Ils m’ont menti sur la destination et sur l’heure. »
Elle refusera d’embarquer. Elle sera placée en garde-à-vue. Elle passera en comparution immédiate le lendemain. Son avocat soulèvera une nullité. Son procès sera renvoyé. Elle sera finalement libérée sous contrôle judiciaire en attendant son prochain jugement. Elle risque 3 mois ferme et 3 ans d’interdiction de territoire.
fermeturetention@yahoo.fr