Le « Sangatte » ukrainien fermé aux migrants
Les derniers clandestins retenus à Pavchino. Ils venaient d'Égypte et ont tenté d'entrer dans l'Union européenne avec des visas d'étudiants. : Mathilde Goanec
L'Ukraine, pays de transit vers l'Union européenne, fait face à un afflux régulier de clandestins venus d'Orient. Le centre de rétention de Pavchino vient de fermer sous la pression de Bruxelles.
Une flopée d'officiels et de militaires, coiffés de chapkas fourrées bleu pétrole, s'agite sous la pluie de décembre. Pavchino, l'unique centre de rétention pour immigrants illégaux d'Ukraine, ferme ses portes, après sept ans d'existence.
Ils sont des milliers, venus de toute l'Asie, du Moyen-Orient ou du Caucase, à être passés par Pavchino, après avoir tenté vainement de traverser la frontière est de l'Europe. Insalubre, surpeuplé (au moins 400 personnes en permanence pour 250 places), sous-financé, Pavchino avait bien mauvaise presse et les gardes-frontières ukrainiens, jusqu'ici en charge des migrants, sont heureux de s'en débarrasser.
Premier pays de transit à l'Est
Désormais, les étrangers arrêtés à la frontière seront transférés dans deux nouveaux centres de rétention répondant aux normes internationales. Un pas en avant qui ne règle pas pour autant le problème de l'immigration illégale dans cette région de Transcarpathie, à l'extrême ouest de l'Ukraine.
« L'Ukraine est le pays de transit numéro un à l'Est, confirme le chef local des garde-frontière à Pavshino. Depuis le début de l'année, on a arrêté des migrants de vingt-cinq nationalités différentes, surtout des Pakistanais ou des Indiens, mais aussi des gens d'Érythrée, de République dominicaine ou encore de Birmanie... La frontière en Transcarpathie ouvre sur quatre pays européens, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne. Le tout dans une région de montagnes et de forêts. »
Le gradé omet volontairement l'autre point fort de la région : son réseau de passeurs extrêmement efficace, coordonné par plusieurs mafias aux ramifications internationales. Un journaliste de Transcarpatie, qui travaille depuis des années sur la question, témoigne : « C'est un trafic qui implique beaucoup de monde ici, à commencer par des gardes-frontières ukrainiens, que l'on charge d'arrêter les illégaux. Un passage d'immigré peut rapporter 1 000 dollars à un garde-frontière ukrainien. Et c'est une sacrée somme, comparée à son salaire. »
« Dindons de la farce »
Face à cet afflux de migrants, Bruxelles a sommé Kiev de mieux contrôler la frontière commune. L'Ukraine, candidate perpétuelle à l'adhésion a l'UE, peut difficilement refuser. Elle a même signé, l'an dernier, un accord de réadmission avec l'Europe, qui devrait être effectif en 2010.
Tous les migrants passés par la Transcarpatie et interceptés en Europe, pourront désormais être renvoyés en Ukraine. Charge ensuite à celle-ci de les identifier et de les déporter vers leur pays d'origine. En contrepartie, le pays a reçu la coquette somme de 40 millions d'euros pour construire des nouveaux centres de rétention, professionnaliser son personnel, garantir les droits des réfugiés...
« Pourquoi est-ce à l'Ukraine seule de supporter ce poids-là et pas à la Russie ? s'interroge encore ce journaliste local. Presque tous les illégaux viennent de Russie, parce que la frontière là-bas est très facile à traverser. Nous sommes clairement les dindons de la farce. » L'Ukraine, dernier rempart face à des migrants en route vers l'Europe. Une responsabilité lourde, alors que le pays est accusé régulièrement de violer les droits élémentaires du migrant, même en situation irrégulière.
Mathilde GOANEC.